Les systèmes
hiérarchisés : un modèle obsolète
La plupart des systèmes
et des organisations sont hiérarchisés : dans un grand nombre
d'entreprises, le conseil d'administration prend les décisions,
les cadres font le relais et les employés exécutent ces décisions.
Ce système possède un certain nombre d'avantages : une très
forte unité de la ligne de commandement, peu de conflits de responsabilités
et une forte propension à réaliser des économies d'échelle.
Cette organisation, hiérarchique et fonctionnelle fut le modèle
du XXème siècle mais il est
moribond aujourd'hui.
L'exemple
de Linux
Prenons un exemple
pour nous en convaincre. Fin 1991, un étudiant finlandais Linus
Thorvald crée un système d'exploitation dérivé
de l'Unix qu'il baptisera Linux. Il choisit alors de le mettre sur
internet pour que les internautes puissent se le procurer gratuitement
et contribuer à son amélioration. Les utilisateurs, séduits
par cette idée, apportent avis, contributions et améliorations
pour aboutir trois ans plus tard à un système d'exploitation
de très grande qualité. Or ce système aura été
produit par des gens qui ne se connaissaient pas, qui n'avaient aucune
relation hiérarchique entre eux, qui étaient complètement
bénévoles et dont le seul lien était internet. Eric
S. Raymond a théorisé cette démarche dans dans
un article désormais célèbre : "La
Cathédrale et le Bazar".
Avec cette illustration,
on voit que la puissance du travail en réseau va entraîner
des modifications sur notre façon de travailler. Selon
Philip Wade, "Le travail coopératif à distance introduit
une plus grande efficacité dans les organisations et entreprises
à implantations multiples, tandis que les "start-up", souvent liées
au secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication,
ouvrent la voie à de nouvelles formes de travail créatif
en réseau."
L'individu,
unité de base de l'économie : l'e-lance.
Des lors, la
nouvelle unité de base de l'économie pourrait ne pas être
l'entreprise mais l'individu. Comme dans le cas de Linux, un travail autonome,
effectué par des travailleurs indépendants, pourrait se montrer
beaucoup plus efficace que celui effectué par une structure hiérarchisée,
forcément fermée et soumise à des contraintes pour
assurer sa cohésion interne. Ces "travailleurs indépendants"
des réseaux, qui peuvent se
contacter via l'Internet, ont déjà leur nom : ce sont
les e-lance, des free-lance de l'e-business.
Extériorisation
et travail flexible autour de l'entreprise-projet
Avec le
développement des NTIC, on peut maintenant coordonner efficacement
des activités dispersées. Le mouvement est déjà
apparent dans nombre de sociétés américaines qui extériorisent
leurs activités secondaires pour se concentrer sur leur "core
business". L'extériorisation fait passer l'activité vers
un sous-traitant, le plus souvent de petite taille et relié par
un réseau (extranet,
Electronic
Data Interchange) à son client. C'est un premier pas qui pourrait
conduire à une accéleration du travail en e-lance et donc
une flexibilisation du travail. Certains vont jusqu'à imaginer
qu'il deviendra le modèle dominant et que l'entreprise actuelle,
stable et permanente se transformera en un réseau élastique
à la durée de vie très variable et parfois éphémère.
Lorsque l'on voudra réaliser un projet, on lancera des appels d'offre
ou des petites annonces électroniques : des individus ou des petites
équipes y répondront et un réseau se constituera.
Une fois le projet fini, le réseau se délitera.
Le travail en e-lance
s'annonce donc comme une forme de travail différente où les
liens hiérarchiques durables seront remplacés par des liens
électroniques relativement éphémères. La contrainte
de réactivité des entreprises se traduira donc par une obligation
de flexibilité accrue pour les travailleurs.